Le point brioche transforme une simple surface de tricot en matière vivante : les côtes se creusent, les colonnes gonflent et la lumière accroche chaque ligne de relief. Son apparence généreuse évoque une étoffe matelassée, alors qu’elle naît d’un geste précis et répétitif : alterner des mailles glissées, des jetés et des mailles travaillées avec leur fil compagnon. Le résultat est souple, profond, chaud et presque double, sans avoir besoin de doubler l’ouvrage.
Cette technique séduit autant les personnes qui aiment les accessoires enveloppants que les tricoteuses et tricoteurs attirés par les constructions graphiques. Une écharpe réalisée dans ce point prend de l’ampleur sans devenir rigide ; un bonnet épouse la tête grâce à son élasticité ; un empiècement de pull devient un véritable paysage textile. Le secret consiste moins à aller vite qu’à reconnaître le rôle de chaque maille : certaines attendent sous leur jeté, d’autres doivent être tricotées ensemble pour former la fameuse double maille.
En bref
- Le point brioche produit une étoffe moelleuse, extensible et réversible.
- Sa structure repose sur les jetés et les mailles glissées, puis sur le travail de la double maille.
- Il se pratique Ă plat, en rond, en une couleur ou en deux couleurs.
- Une laine bien retordue et claire facilite la lecture de la texture.
- Les bordures, l’échantillon et un rabattage souple déterminent la réussite finale.
Point brioche au tricot : comprendre le relief et le volume
Le point brioche est une famille de techniques qui crée des côtes très épaisses, séparées par des sillons profonds. Il est parfois assimilé aux côtes anglaises, car l’aspect final est voisin : un tissu gonflant, souple et particulièrement chaud. Pourtant, le chemin pour y parvenir se distingue souvent par l’emploi assumé de mailles glissées associées à des jetés, lesquels deviennent ensuite partie intégrante de la maille travaillée.
À première vue, le geste peut sembler étrange : pourquoi laisser une maille sur l’aiguille au lieu de la tricoter ? Cette attente est exactement ce qui construit le volume. Le jeté dépose une réserve de fil sur la maille glissée ; au rang suivant, la maille et son jeté sont tricotés ensemble. Cette alliance forme une colonne saillante, plus épaisse qu’une côte classique, tandis que les mailles alternées dessinent les creux.
Une étoffe double face et pleine de ressort
Le caractère réversible du point brioche le rend précieux pour tout ce qui se voit des deux côtés. Une écharpe nouée, un col qui se retourne ou une couverture posée sur un canapé n’exposent jamais un envers décevant. Chaque face présente une organisation de côtes lisible et tactile, avec des différences particulièrement spectaculaires lorsque deux fils contrastés entrent en scène.
Camille, qui tricote habituellement du jersey, découvre cette propriété en réalisant un tour de cou. Sur son échantillon, dix centimètres de largeur s’étirent facilement lorsqu’elle les tire doucement, puis reviennent presque en place. Elle comprend alors qu’un modèle conçu pour du jersey ne peut pas être transposé sans mesure : la brioche consomme davantage de fil, se resserre au repos et s’élargit sous tension.
| Caractéristique | Point brioche | Jersey classique |
|---|---|---|
| Épaisseur | Importante, avec des côtes gonflées | Fine à moyenne selon la laine |
| Élasticité | Très marquée dans le sens de la largeur | Modérée |
| Réversibilité | Oui, particulièrement utile pour les accessoires | Non, envers distinct |
| Consommation de fil | Élevée | Plus économique |
| Lecture des mailles | Demande de l’attention | Rapide pour un œil habitué |
Choisir le fil qui révèle la texture
Pour apprendre, mieux vaut choisir une laine lisse, bien torsadée et d’une couleur claire ou moyenne. Les fils très duveteux, les boucles fantaisie ou le mohair dissimulent les jetés et compliquent la correction d’une erreur. Une laine mérinos lisse, un mélange laine-alpaga peu poilu ou un fil de type sport donnent une lecture nette des colonnes.
Les aiguilles circulaires sont utiles même lorsqu’on travaille à plat, car elles retiennent confortablement un grand nombre de mailles et facilitent l’essayage. Un marqueur, une aiguille auxiliaire fine et un compteur de rangs complètent un équipement raisonnable. Dans ce point, le meilleur outil reste cependant l’échantillon : il indique la largeur réelle, le drapé et la quantité de fil nécessaire avant de lancer un grand ouvrage.
Pour situer cette technique parmi ses proches cousines, il est utile de consulter ce guide pour tricoter les côtes anglaises. Comparer les structures permet de comprendre que l’aspect moelleux ne dépend pas seulement d’un nom, mais de la manière dont le fil est placé, retenu puis absorbé dans la maille.
Le point brioche ne se contente pas de décorer le tricot : il modifie profondément sa matière, son élasticité et sa présence.

Tricoter le point brioche à plat : méthode claire rang après rang
À plat, la brioche se construit sur un aller et un retour qui alternent sans cesse. Le montage le plus simple utilise un nombre pair de mailles, auquel on peut ajouter des mailles de bordure selon le projet. Avant de commencer, il est préférable de verbaliser les gestes plutôt que de mémoriser une abréviation : « glisser avec le fil devant et faire un jeté » devient rapidement un réflexe beaucoup plus fiable qu’une suite de lettres.
Le principe tient en une phrase : une maille glissée reçoit un jeté, puis elle est travaillée au rang suivant avec ce jeté. Il faut considérer l’ensemble comme une seule unité. Si le jeté est oublié, une colonne s’effondre ; s’il est tricoté séparément par erreur, on crée un trou ou une augmentation involontaire.
Les deux rangs de préparation du point brioche
- Sur le premier rang, côté endroit, tricoter une maille à l’endroit. Amener ensuite le fil devant l’ouvrage, glisser la maille suivante comme pour la tricoter à l’envers et faire passer le fil sur l’aiguille afin de créer un jeté. Répéter cette alternance.
- Sur le deuxième rang, côté envers, amener le fil devant, glisser la première maille rencontrée comme pour l’envers avec son jeté, puis tricoter à l’endroit la maille suivante avec le jeté qui l’accompagne. Répéter jusqu’au bord.
Cette préparation paraît discrète, mais elle organise déjà les futures côtes. Camille place un petit marqueur sur le côté endroit de son échantillon. Ce détail l’empêche de se demander, après une interruption, quel rang doit être repris : dans la brioche, reprendre tranquillement vaut mieux que tricoter deux rangs à contretemps.
Le rythme qui forme le motif en relief
Sur le rang endroit, tricoter ensemble à l’endroit la maille qui porte son jeté ; elle constitue la double maille. Ensuite, placer le fil devant, glisser la maille suivante comme pour l’envers et réaliser un nouveau jeté. L’alternance se poursuit jusqu’à la fin : une maille brioche tricotée, une maille glissée avec jeté.
Sur le rang envers, la logique s’inverse dans l’ordre des gestes : glisser avec le fil devant et jeter le fil, puis tricoter ensemble à l’endroit la maille suivante et son jeté. Beaucoup de débutants s’étonnent de tricoter à l’endroit sur l’envers de l’ouvrage. C’est pourtant ce qui forge le dessin caractéristique et la profondeur des côtes.
Un contrôle visuel aide à prévenir les erreurs. Les mailles prêtes à être travaillées ensemble se reconnaissent à leur petit fil horizontal posé sur l’aiguille : ce fil n’est pas un intrus, il doit accompagner la maille. À l’inverse, une maille simple qui semble serrée ou entourée de deux jetés mérite une pause avant de poursuivre.
Si une erreur apparaît deux rangs plus bas, inutile de détricoter tout l’ouvrage dans la précipitation. On peut descendre la colonne concernée avec une aiguille auxiliaire, libérer les boucles jusqu’au défaut, puis les remonter une à une en reconstituant les jetés. Cette réparation demande une table dégagée et une bonne lumière, mais elle évite souvent de perdre plusieurs heures de travail.
À plat, la régularité naît d’un automatisme simple : repérer la maille accompagnée, la tricoter ensemble, puis préparer la suivante.
Point brioche en rond : réussir bonnets, cols et manches souples
Travailler le point brioche en rond offre une continuité très agréable pour les bonnets, les cols et les empiècements tubulaires. Les bords latéraux disparaissent, le motif tourne sans interruption et le tricot prend rapidement l’allure d’un tube épais. Il faut toutefois préparer soigneusement la jonction : un montage vrillé crée une torsion irréparable sur toute la hauteur de l’ouvrage.
Le nombre de mailles doit être pair afin que l’alternance reste cohérente à la rencontre du début de tour. Un marqueur solide est placé avant la première maille. Lorsqu’un ouvrage devient volumineux, un second marqueur contrasté peut signaler la moitié du tour : cette petite balise permet de repérer plus vite une anomalie de rythme.
Le déroulé des tours en une couleur
Le tour de préparation commence généralement par une maille envers, suivie d’une maille glissée avec le fil devant et son jeté. Sur le premier tour du motif, on glisse une maille avec jeté, puis on tricote à l’endroit la maille suivante avec le jeté du tour précédent. Sur le tour suivant, on travaille cette fois la double maille à l’envers, puis on prépare la prochaine maille glissée avec un jeté.
Cette alternance endroit-envers donne un tissu particulièrement équilibré. Elle peut dérouter parce que le côté visible ne change jamais, contrairement au tricot en aller-retour. La règle pratique est de regarder la colonne : si la maille porte déjà son jeté, elle est prête à être travaillée ; si elle est nue, elle doit être glissée et recevoir son fil.
Pour un bonnet, il faut anticiper la diminution du sommet. Le point brioche est très extensible sur la largeur : un bord-côte classique ou un montage élastique maintient mieux l’ouverture, tandis que le corps peut se déployer généreusement. Il est prudent de mesurer le tour de tête avec l’échantillon légèrement étiré, puis relâché, afin d’éviter un bonnet qui descend sur les yeux.
Gérer la tension et les changements de tour
La tension change parfois à l’endroit où les tours se rejoignent, surtout avec une aiguille circulaire courte. Pour éviter une colonne plus lâche, Camille serre délicatement le premier jeté après le marqueur, sans tirer sur les autres mailles. Elle déplace aussi régulièrement les mailles le long du câble afin de ne pas forcer la main.
Le point brioche aime la souplesse mais n’aime pas l’irrégularité. Un fil trop tendu autour des mailles glissées comprime le relief ; un fil abandonné trop lâche ouvre des espaces disgracieux. Quelques tours d’échantillon suffisent à trouver un geste constant, d’autant que la matière pardonne les petites variations lorsqu’elle est lavée et mise en forme.
Une vidéo peut être précieuse pour observer la position du fil avant et après une maille glissée. Le mouvement semble minuscule, mais il détermine toute l’architecture du tissu.
En rond, le point brioche devient une spirale textile : chaque tour nourrit le suivant et installe un volume continu, idéal contre le froid.
Point brioche bicolore : créer un motif en relief spectaculaire
La version bicolore fait apparaître l’une des plus belles particularités de la brioche : chaque face privilégie une couleur différente. Un fil clair et un fil sombre dessinent alors des côtes qui semblent avancer ou reculer selon le côté observé. L’effet n’est pas un simple rayage ; c’est un motif en relief dont la couleur change de rôle lorsque l’ouvrage est retourné.
Pour débuter, il vaut mieux choisir deux fils de même qualité, de même épaisseur et de contrastes francs. Un beige et un écru risquent de fondre les colonnes ; un bleu marine associé à un vert acide ou à un ivoire permet de suivre la mécanique. Les nuances chinées peuvent être magnifiques, mais elles exigent déjà de savoir lire les mailles sans dépendre totalement de la couleur.
Quatre passages pour installer les deux couleurs
Le travail en rond est particulièrement confortable, car les deux fils restent disponibles au même point du cercle. Après le montage pair et la pose du marqueur, le premier passage avec la couleur principale prépare l’alternance : une maille endroit, puis une maille glissée avec le fil devant, suivie du geste qui établit le jeté. Le fil est laissé en attente au bon endroit, sans le couper.
La couleur contrastante prend ensuite le relais. Elle glisse les mailles prévues, forme les jetés et travaille les mailles qui doivent apparaître sur son côté du tissu. Les passages suivants reprennent la couleur principale, puis la contrastante. Le même tour physique est donc parcouru deux fois avant que le motif ne progresse réellement d’une hauteur complète.
Cette idée surprend souvent : pourquoi repartir du même début de tour sans avancer ? Parce que chaque couleur doit agir sur sa propre série de mailles. Les deux fils ne sont pas rivaux ; ils tissent ensemble une charpente double. Tenir les brins dans le même ordre à chaque changement limite les torsions et garantit une tension homogène.
Des projets qui donnent toute sa force Ă la couleur
Un col bicolore constitue un excellent premier projet. Il n’exige ni emmanchures ni ajustement complexe, et sa forme circulaire valorise naturellement les deux faces. Une écharpe à plat est également splendide, à condition de prévoir une bordure stable : les lisières doivent encadrer le dessin sans le laisser se déformer.
Pour aller plus loin, les augmentations et diminutions ouvrent la voie aux feuilles, vagues, chevrons et flammes de couleur. Une augmentation se réalise sur une maille qui est normalement tricotée avec son jeté : on travaille cette unité, on fait un jeté, puis on travaille à nouveau dans la même unité avant de la laisser tomber de l’aiguille. Au rang suivant, la maille centrale reçoit un traitement spécifique afin de préserver l’alternance.
Les diminutions demandent davantage de préparation, car elles doivent s’incliner à droite ou à gauche tout en gardant les jetés à leur place. C’est précisément cette complexité qui permet les motifs sculptés : les côtes ne sont plus seulement verticales, elles bifurquent, se rejoignent et dessinent des chemins. Une fois les gestes de base acquis, explorer les différences entre brioche et côtes anglaises aide à choisir la structure la mieux adaptée au dessin envisagé.
Avec deux couleurs, la brioche cesse d’être seulement un point chaud : elle devient une technique de dessin, où chaque face raconte une version différente du même textile.
Finitions du point brioche : lisières nettes, rabattage souple et entretien
Une pièce en brioche peut être techniquement parfaite au centre et perdre de son élégance à cause de bords négligés. Les lisières en point mousse classique ont tendance à contraster avec les côtes volumineuses et peuvent tirer le tissu vers l’extérieur. Une bordure de trois mailles, conçue dans le même esprit que le motif, encadre mieux la matière et offre un contour rond, stable et agréable au toucher.
Sur les rangs pairs, on peut tricoter une maille endroit, glisser une maille comme pour l’envers avec le fil devant, puis tricoter une troisième maille. Sur les rangs impairs, le jeu s’inverse : maille glissée avec fil devant, maille endroit, puis nouvelle maille glissée. Après les premiers rangs, les mailles se lisent naturellement et l’on poursuit en tricotant celles qui se présentent à l’endroit tout en glissant les autres avec le fil devant.
Rabattre sans étouffer l’élasticité
Le rabattage classique convient, à condition de l’effectuer avec ampleur. Les mailles qui apparaissent à l’endroit sont rabattues à l’endroit ; celles qui se lisent à l’envers sont rabattues à l’envers. Il faut tirer légèrement chaque nouvelle boucle avant de la passer sur la précédente, car un rabattage ferme annule tout le ressort construit pendant des dizaines de rangs.
Utiliser une aiguille une ou deux tailles plus grande est une solution simple pour les cols et les bords de bonnets. Camille l’emploie pour son tour de cou : avant lavage, le bord semble très souple ; après séchage à plat, il garde une ouverture confortable sans former de vague excessive. Un essai sur un petit échantillon évite de découvrir trop tard qu’un bord est soit rigide, soit distendu.
Laver et mesurer une matière qui évolue
La brioche mérite un lavage délicat, à l’eau tiède ou froide selon les recommandations du fil. Le tissu absorbe beaucoup d’eau en raison de son épaisseur : il ne faut ni le tordre ni le suspendre mouillé. On presse l’ouvrage dans une serviette, on le met en forme à plat et l’on respecte ses dimensions sans l’étirer agressivement.
Après séchage, les colonnes se détendent, les jetés s’installent et la texture gagne souvent en régularité. C’est pourquoi l’échantillon doit être lavé avant le calcul définitif. Mesurer une pièce non lavée revient à juger une étoffe avant qu’elle n’ait trouvé sa vraie silhouette.
Les erreurs les plus fréquentes restent faciles à prévenir :
- oublier un jeté et perdre la continuité d’une colonne ;
- tricoter le jeté séparément au lieu de le joindre à sa maille ;
- choisir un fil trop poilu pour un premier essai ;
- négliger le marqueur de début de tour ;
- rabattre avec une tension trop ferme.
Un projet brioche réussi ne se reconnaît pas seulement à ses côtes gonflées. Il se reconnaît à ses bords souples, à son tombé régulier et à cette impression que le fil a trouvé, rang après rang, sa place exacte.
Le point brioche est-il accessible aux débutants ?
Oui, à condition de commencer par un petit échantillon uni et une laine lisse. La difficulté vient surtout de l’identification des jetés, pas d’un geste physiquement compliqué.
Pourquoi mon point brioche est-il beaucoup plus large après lavage ?
Cette structure est très élastique et se détend lorsque les fibres se relâchent. Il faut toujours laver et sécher l’échantillon avant de calculer le nombre de mailles d’un projet.
Peut-on utiliser du mohair pour tricoter de la brioche ?
Oui, mais il est préférable d’avoir déjà pratiqué avec un fil lisse. Le duvet masque les jetés et rend le détricotage ou la réparation d’une colonne beaucoup plus délicats.
Quelle est la différence entre une maille simple et une double maille en brioche ?
La maille simple est généralement glissée avec un jeté pour être préparée. La double maille désigne la maille accompagnée de son jeté, travaillée ensemble au rang ou au tour suivant.

Je m’appelle NoĂ©mi, et je suis une passionnĂ©e de DIY. J’adore le tricot, le crochet, la peinture et toutes les activitĂ©s manuelles qui stimulent ma crĂ©ativitĂ©. Sur ce site, je partage mes projets, mes astuces et mon amour pour l’artisanat.

